vendredi 30 janvier 2026
Can des Algorithmes : quand l’intelligence artificielle devient le 12e Gaïndé
Le Soleil
Par Cheikh Tidiane NDIAYE cheikh.tidiane.ndiaye@lesoleil.sn
28 Jan 2026
Si vous avez circulé dans Dakar ces derniers jours, pris un taxi ou simplement fait défiler les « Stories » de vos contacts sur WhatsApp, vous n’avez pas pu y échapper. Il y a cette clameur, ce rythme mbalax entêtant et cette voix qui scande la victoire. C’est la bande-son officielle de la rue pour cette Can 2025. Pourtant, ce n’est pas Youssou N’Dour, ni Wally Seck, ni aucun des ténors habituels de la musique sénégalaise qui signe ce succès. Bienvenue dans la première «Can des Algorithmes ». Cette année, le match ne se joue pas seulement sur les pelouses, il se joue aussi dans le Cloud, où l’intelligence artificielle est en train de redéfinir les codes du supportérisme sénégalais.
L’incarnation de cette rupture porte un nom énigmatique : FOFO Francy Sca. Retenez bien ce nom, car il symbolise à lui seul la démocratisation des outils de création. Son titre, « Allez Les Lions Du Sénégal Can 2025 », est devenu l’hymne le plus repris par les internautes sénégalais sur TikTok. La prouesse ? Ce morceau a été généré grâce à l’intelligence artificielle. Les percussions, les choeurs, l’arrangement : tout est sorti d’un « prompt », une commande textuelle savamment rédigée. L’Ia a digéré la culture musicale sénégalaise pour recracher un tube calibré pour la viralité.
Mais l’artiste ou, devrions-nous dire, le « créateur augmenté » ne s’est pas arrêté là. Avec son autre titre « Diarama Jambaar yi », FOFO Francy Sca a franchi un nouveau cap en proposant un clip vidéo 100% généré par Ia. On y voit une esthétique léchée, presque cinématographique, impossible à réaliser pour un amateur il y a encore six mois. Il prouve qu’aujourd’hui, un seul individu armé d’un ordinateur peut rivaliser avec la production d’un studio professionnel. Cependant, limiter l’impact de l’Ia à ce seul artiste serait une erreur. Ce que nous observons, c’est une véritable effervescence populaire. La « Tanière » numérique est en ébullition.
Regardez les statuts WhatsApp de vos amis. Les supporters rivalisent de créativité visuelle. Fini les montages photo grossiers d’antan. Grâce à des générateurs d’images comme Midjourney ou DALL-E, chaque supporter devient un directeur artistique. On voit fleurir des fresques épiques : des Lions de la Téranga en armures futuristes, des Sadio Mané aux allures de super-héros Marvel, ou des drapeaux nationaux flottant sur des cités de science-fiction.
L’Ia a aussi dopé notre sport national : le « chambrage». La taquinerie entre supporters voisins est passée à la vitesse supérieure. Des vidéos « Deepfake » circulent, faisant chanter ou danser les joueurs et entraîneurs adverses dans des situations hilarantes. L’humour est devenu technologique, instantané et redoutablement efficace.
Qu’est-ce que cela raconte de notre société ? C’est la preuve d’une appropriation fulgurante. Le Sénégalais n’est plus un simple consommateur de technologie, il l’utilise pour raconter sa propre histoire, ses propres mythes. L’Ia a fait sauter la barrière technique et financière : aujourd’hui, c’est la créativité pure qui prime. Cette Can 2025 restera dans l’histoire comme celle du basculement. L’Ia est devenue le « 12e Gaïndé» : un supporter infatigable, capable de composer, de dessiner et de chambrer à la vitesse de la lumière. Certes, c’est une intelligence artificielle qui génère les pixels et les sons, mais ne nous y trompons pas : la passion, la ferveur et l’amour du maillot qui alimentent ces machines, eux, restent 100% humains. Et ça, aucun algorithme ne pourra jamais le simuler.
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